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Influence de l'ostéopathie sur les constantes cardiaques

 

D’après Andrew Taylor Still : « la loi de l’artère est suprême ». Le corps, pour assurer sa fonction d’homéostasie que l’ostéopathe tend à réguler, a besoin d’être nourri correctement par les artères et ses déchets doivent être correctement évacués par les veines. Le cœur, véritable pompe au centre des régulations, peut être soumis à des variations physiologiques et à certaines pathologies.

Le stress est défini comme : « mot anglais employé par H. Selye (1936) pour exprimer l’état réactionnel d’un organisme soumis à l’action d’un excitant quelconque ».

C’est une phase d’adaptation où l’organisme va répondre en entrainant un déséquilibre important de son système de défense. Ce déséquilibre va se décrire dans les structures musculo-squeletto-faciales, neuro-végétatives et neuro-psychiques, ou inversement il peut être engendré par une de ces trois composantes. Plus ce stress va perdurer, plus l’organisme va s’installer dans un état de stress compensatoire. Ce dernier état risque fort de devenir irréversible et entrainer alors l’organisme vers l’état de maladie fonctionnelle. C’est dans cet état d’esprit que cette étude va essayer de montrer comment l’ostéopathie pourrait jouer un titre préventif dans certaines pathologies cardio-vasculaires. 

 

La tension artérielle et la fréquence cardiaque sont des facteurs de co-morbidité.

Ces deux phénomènes sont régulés par le système nerveux autonome. L’innervation extrinsèque du cœur est double :

- les nerfs cardio-modérateurs appartiennent au système para sympathique du cœur. Il ralentit le rythme, la force de contraction et l’excitabilité du tissu nodal. Il a un effet bradychardisant ;

- le système ortho sympathique du cœur est quand à lui conduit par les ganglions cervicaux (nerfs cardio-accélérateurs). Il va contracter les artères et provoquer une augmentation du rythme, de la force de contraction et de l’excitabilité du tissu nodal. Il a un effet excitateur, tachycardisant.

Nous allons nous intéresser ici au système orthosympathique et plus particulièrement au ganglion stellaire qui est un relais des voies sympathiques du cœur.

En théorie, on sera donc amené à avoir une augmentation de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle lors d’une stimulation de cette zone. 

 

Les normes définies par l’Organisation Mondiale de la Santé [27] sont :

-       Tension artérielle normale :

-       entre 90 et 139 mmHg pour la pression systolique

-       entre 60 et 89 mmHg pour la pression diastolique

-       Fréquence cardiaque normale : entre 50 et 90 battements par minute.

 

D’après la stratégie thérapeutique énoncée par la Haute Autorité de Santé, les patients ayant une pression artérielle allant de 140 à 179 pour la tension systolique et de 90 à 109 pour la tension diastolique  avec de 0 à 2 facteurs de risques cardio-vasculaires ont un niveau faible à moyen de risque cardio-vasculaire. Il est donc d’abord donné des mesures hygiéno-diététiques pendant 1 à 6 mois selon les valeurs de la tension afin d’essayer un retour à la normale sans passer par la pharmacologie. Si les objectifs ne sont pas atteints la prise médicamenteuse sera nécessaire. C’est lors de cette phase de test que l’ostéopathie peut rentrer en compte, afin de ré-équilibrer le système neuro-végétatif de la personne. 

On parle aussi du stade de pré-hypertension : 120 à 139 de pression systolique et de 60 à 79 de pression diastolique. Il ne nécessite pas de traitement médicamenteux et n’est pas encore un état pathologique. Ce stade limite pourrait aussi être un élément sur l’état neuro-végétatif du patient sur lequel l’ostéopathe pourrait agir.

Dans la même idée que ce stade, la fréquence cardiaque peut être qualifiée de haute sans pour autant être définie comme tachycardie. Ce niveau est pourtant tout autant un facteur de risque de pathologie cardio-vasculaire ou de mort subite. On la mesure entre 75 et 100 battements par minute.

 

Problématique :

Comme l’a énoncé Andrew Taylor Still « La structure gouverne la fonction ». Dans ce mémoire nous allons donc nous attarder sur les environs du ganglion stellaire afin de lui assurer son bon fonctionnement. Le but étant de démontrer : une dysfonction ostéopathique peut-elle irriter le ganglion stellaire et influencer la tension artérielle et la fréquence cardiaque ?

 

Nous allons pour cela rappeler ses rapports anatomiques. Il se situe au niveau de la partie postérieure de l’orifice supérieur du thorax dans la fosse rétro-pleurale supra-claviculaire. Ses rapports sont en :

-       avant le dôme pleural ;

-       arrière le processus transverse de la septième cervicale et du col de la première côte ;

-       latéral le ligament costo-pleural et le ligament transvero-pleural ;

-       médial le ligament vertébro-pleural.

 

Les hypothèses que l’on peut théoriquement émettre sont : la tension artérielle sera-t-elle augmentée lors d’une stimulation du ganglion stellaire ; la fréquence cardiaque sera-t-elle augmentée lors d’une stimulation du ganglion stellaire ; une dysfonction ostéopathique peut-elle irriter le ganglion stellaire ; l’ostéopathie peut-elle avoir une influence sur les constantes cardiaques ?

L’objectif étant de voir si l’ostéopathie pourrait avoir un rôle préventif dans les pathologies cardio-vasculaires et être intégré dans une approche pluridisciplinaire.

 

MATERIEL ET METHODE

 

Les patients de cette étude devront avoir une tension artérielle comprise entre 120 et 139 de mmHg pour la systolique, entre 60 et 89 de mmHg pour la diastolique. Ils devront en plus de ces critères présenter une fréquence cardiaque entre 75 et 100 battements par minute.

Nous exclurons tout patient présentant une pathologie ou habitude qui serait susceptible de faire varier les mesures.

L’appareil de mesure est un tensiomètre de la marque Omron, modèle RS3. Il mesure la pression artérielle et la fréquence du pouls.

 

DEROULEMENT

Le patient signera le formulaire de consentement éclairé et sera assis pendant dix minutes afin d’être dans un état de complet repos pour que sa tension artérielle et sa fréquence cardiaque se stabilise.

Les premières mesures pourront commencer. On effectuera trois mesures à une minute d’intervalle pour déterminer la pression artérielle moyenne et la fréquence cardiaque moyenne afin de limiter le nombre d’erreur.

Ensuite, les techniques ostéopathiques choisies seront mises en œuvre en fonction du groupe d’étude auquel appartient le patient.

Il y aura pour finir une nouvelle série de prise dix minutes après les techniques.

Ce laps de temps permettra de démontrer l’influence de la technique sur les structures. En théorie, une manipulation à haute vélocité et faible amplitude aurait tendance à envoyer un influx neurovégétatif ressentie sur les premières minutes après la technique. Le but étant de vérifier que la potentielle variation des mesures n’était pas due au type de technique choisi mais bien aux effets que la dysfonction engendrait. De plus, la pratique de la technique sur les ligaments du dôme pleural, si variation il y a, permettra de montrer que la fluctuation n’est pas dû à un effet placebo que pourrait provoquer le patient par la présence possible d’un bruit de craquement lors de la manipulation de la première côte ou de la charnière cervico-dorsale.

 

TESTS ET TECHNIQUES

Plusieurs groupes d’étude seront mis en avant.

Le premier groupe comportera les patients témoins. Les mêmes critères d’inclusion et d’exclusion sont respectés mais nous n’effectueront pas de technique.

Le deuxième groupe (groupe ganglion stellaire) contiendra les patients dont nous nous intéressons aux environs du ganglion stellaire dont une dysfonction pourrait l’irriter. Les structures environnantes sont la charnière cervico-dorsale, la première côte et les ligaments du dôme pleural. Ce sont sur ces structures que s’effectueront les techniques ostéopathiques.

Le troisième groupe (groupe protocole) proposera des patients dont nous essaierons de nous rapprocher d’une vision plus globale du patient et donc plus ostéopathique. Le protocole mis en œuvre visera à vérifier la liberté des voies d’innervation du cœur. On s’attardera sur toutes les voies orthosympathiques : les vertèbres dorsales D1 à D5, les cervicales C2 et C3 où se situent le ganglion cervical supérieur, la sixième vertèbre cervicale où se trouve le ganglion cervical moyen. Ensuite on vérifiera aussi la zone environnante du ganglion stellaire. Il faudra également prendre en compte les voies parasympathiques avec le nerf vague et son passage au niveau du processus jugulaire. Nous tiendrons en compte, bien sûr, de la bilatéralité des voies.

 

RESULTATS

 

Nous n’avons pas observé de variable de mesure pour le premier groupe.

Dans le deuxième et troisième groupe, nous remarquons une diminution des mesures de tension artérielle et de fréquence cardiaque. Plus précisément, il existe une diminution plus importante du pouls dans le groupe ganglion stellaire, alors que dans le groupe protocole la baisse est plus significative sur la tension artérielle.

 

DISCUSSION

 

Les résultats que nous avons obtenus confirment bien l’hypothèse qu’une dysfonction ostéopathique puisse irriter le ganglion stellaire. Dans le choix de la population il a été essayé de prendre une population plutôt jeune, en bonne santé avec une bonne hygiène de vie afin de réduire le plus possible les biais qui se présentent à l’étude. Cependant, ceci n’est qu’une étude pilote et il faudrait un panel beaucoup plus grand pour rendre probants ces résultats.

 

La diminution que nous avons obtenue lors de cette étude pilote nous montre des résultats divergents. On peut les qualifier de significatifs pour certains patients alors que pour d’autres la variable est moindre. Cependant, les résultats des patients ayant eu des effets probants sont considérables. Un traitement qui diminue la pression artérielle systolique de 10 mmHg réduit d’environ 25% l’incidence des accidents coronaires et de 40% celle des accidents cérébrovasculaires, quel que soit l’âge ou le risque de base. Le bénéfice est d’autant plus grand que le contrôle de l’hyper tension artérielle est obtenu plus rapidement et de manière plus constante. Au vu des résultats obtenus dans l’étude, on peut voir l’intérêt de l’ostéopathie dans la prévention de ces maladies pour certains cas. De plus, on peut souligner que les recommandations relativisent l’indication du traitement hypertenseur lorsque l’hypertension artérielle est légère chez des patients sans autre facteur de risque et sans antécédents cardio-vasculaires. Ceci est dû au nombre d’accidents qui sont encourus par le traitement.

Nous pouvons remarquer dans les résultats du groupe 3 que la baisse de la tension artérielle est plus importante que celle de la fréquence cardiaque. A l'inverse dans le groupe 2 c'est la fréquence cardiaque qui diminue plus que la tension artérielle. On peut supposer que les dysfonctions ostéopathiques dans l’environnement du ganglion stellaire influenceraient plutôt la fréquence cardiaque. Les dysfonctions basées sur le système neurologique du cœur auraient plutôt une influence sur la tension artérielle.

 

Au début de la recherche, les critères d’inclusion étaient différents. En effet, les premiers essais se portaient sur tout type de population en termes d’échelle de mesure. Il a été remarqué à ce moment que les variations se présentaient justement dans des valeurs que l’on peut qualifier de limite. Est-ce dû, comme a pu le dire Irvin Korr qu’« il est primordial de souligner d’une sure-activité ou une sous-activité des neurones efférents n’a pas toujours des effets directs et immédiats » ? Il n’est donc pas nécessaire qu’une dysfonction ostéopathique puisse avoir des répercussions sur le cœur  ou qu’elles soient instantanées si une stimulation est bien produite.

 

CONCLUSION

 

Pour conclure, on peut donc voir qu’une dysfonction ostéopathique peut irriter le ganglion stellaire et augmenter la fréquence cardiaque et la tension artérielle.

Les résultats obtenus montrent une baisse significative de ces paramètres et on peut voir l’intérêt de l’ostéopathie dans le cas de prévention des pathologies cardiovasculaires et dans certains cas de maladies.

Cependant il ne faut pas oublier tous les biais qui s’ajoutent à ces mesures cardiaques et la sensibilisation d’une approche pluridisciplinaire.

De plus, nous nous sommes attardés uniquement sur le système nerveux autonome qui gère l’innervation cardiaque et qui n’est pas la seule cause possible d’une hausse de ces constantes.

Il n’est pas à négliger le fait que nous avons travaillé sur une étude pilote. Le nombre de patients ici n’est pas suffisamment important pour apporter une affirmation totale de la validité de l’étude. En attente de la soutenance, il sera essayé d’augmenter le panel de patients afin d’avoir des résultats plus probants. 

Il serait pertinent de pousser cette étude aux patients dont la fréquence cardiaque et la tension artérielle dépasse le seuil physiologique et dont une cause médicale n’est pas l’origine, afin de voir si l’ostéopathie pourrait aider cette catégorie de patient afin d’éviter une prise médicamenteuse.

De plus, au vue des articles nous ayant amené à débuter cette étude, il serait probant de refaire cette expérience dans le cadre de syndrome de défilé thoraco-brachial.